L'attention croissante portée aux technologies numériques dans le champ de la médiation du patrimoine conduit aujourd'hui nombre d'acteurs à reconnaître la nécessité d'adopter une démarche interdisciplinaire : à la croisée du monde de l'informatique, du patrimoine et de la médiation, un champ de recherche nouveau se dessine qui nous engage activement à essayer de mieux comprendre un processus de plus en plus complexe, celui de la médiation hypermédia du patrimoine. Cette recherche de thèse formule le projet de mieux connaître la médiation hypermédia du patrimoine et d'en proposer une représentation intelligible. Elle s'est effectuée pendant quatre ans en partenariat entre l'Unité Toulousaine d'Archéologie et d'Histoire (UTAH - UMR 5608 CNRS), Université de Toulouse II le Mirail , et le Centre Européen des Technologies de l'Information en milieu Rural (CETIR), un centre de Recherche et Développement à vocation économique dans le domaine des STICs. Cette double tutelle donne au travail son articulation entre recherche théorique en médiation hypermédia du patrimoine, réalisations hypermédias au sein du laboratoire d'archéologie et applications concrètes de développement semi-industriel.
Le parcours de recherche est parti de la nécessité de réexaminer en profondeur les fondements du domaine produisant les conditions d'émergence de la médiation hypermédia du patrimoine (émergence du patrimoine et de la médiation, des techniques numériques, rencontre de ces domaines). Considérant que celle-ci existe au sein d'un environnement qu'il faut connaître, l'étude du contexte social général permet de relever le cadre d'expression des opérations de médiation hypermédia, en focalisant l'attention sur les problématiques techniques, scientifiques, politiques, économiques, juridiques et financières. Par ailleurs, l'étude des publics et des usages de la médiation hypermédia réintroduit le caractère fondamental de celle-ci en tant que processus de communication : l'articulation entre des producteurs/émetteurs et des récepteurs de l'information archéologique scientifique valorisée.
La connaissance des modalités de réception (sociales, techniques, cognitives), des lieux et des conditions d'usage (privés/publics, pédagogiques, familiaux, touristiques, etc.) paraît aujourd'hui indispensable à la conception et la réalisation d'hypermédias de médiation archéologique et culturelle. Cette recherche de thèse s'appuie sur des expériences concrètes dont quatre sont présentées en détail : la réalisation d'une maquette de CD-Rom autour des grottes préhistoriques de Gargas (Hautes-Pyrénées) ; la mise en valeur du patrimoine archéologique de Zama en Tunisie au sein de la mission franco-tunisienne de fouille (Zama est le lieu historique de la dernière bataille de la 2ème Guerre Punique en 202 av. J.-C.) ; la réalisation du système Hypercarta (développement industriel d'un système cartographique d'information touristique et culturelles en ligne) ; le travail réalisé autour du site archéologique de Montsérié dans les Hautes-Pyrénées (CD-Rom pédagogique et proposition de reprise archéologique d'un site proto-historique et romain très riche et non fouillé).
Enfin, sur la base de quelques éléments de critique épistémologique interne (examen de domaine connexes tels la modélisation systémique ou la Complexité et émergence d'interrogations autour des épistémologiques constructivistes), la thèse propose une articulation et une représentation que l'on souhaite intelligible de la médiation hypermédia du patrimoine perçue comme un processus socio-technologique complexe. Recherche transdisciplinaire par nature, cette thèse vise à fournir aux « médiateurs hypermédias » de nouvelles manières d'envisager leur champ d'action, autant qu'à fournir aux nombreux acteurs, au premier rang desquels les archéologues et chercheurs en science de l'Antiquité, intervenant dans les situations de médiation hypermédia du patrimoine un repère solide pour connaître l'ensemble des composants, processus et enjeux mis en oeuvre.